Nicolas Sapin bis repetita…

Frank, co-créateur de Gamotek, l’avait interviewé en 2002. Nicolas détenait alors une collection de jeux vidéo de la période dite « classic video game » impressionnante. Sa collection comprenait des centaines de consoles Pong, des jeux Videopac, Vectrex, Commodore 64, Atari ST, Commodore Amiga, Amstrad CPC… et des pièces très rares comme la Mini-Cade Vectrex ou des EPROM Videopac. Qu’en est-il 16 ans plus tard ? Pour en savoir plus, nous avons repris contact avec Nicolas qui a accepté de nous répondre…

En 2002, tu faisais partie des plus  importants collectionneurs français voire européens de jeux vidéo de 1ère et 2ème génération. En 2018, qu’en est-il exactement ?

De l’univers je pense… mais restons modeste.

J’ai quasiment tout revendu. J’ai gardé quelques pièces qui me tenaient à cœur. Depuis, j’ai entamé une collection de jeux vidéo ayant un intérêt à mes yeux. Il s’agit de jeux d’aventure, des premières aventures textuelles graphiques, aux triple A actuels en passant par des King’s Quest et autres jeux du genre. J’ai toujours aimé les jeux vidéo qui racontent une histoire. Je suis donc revenu à ces fondamentaux après avoir collectionné maladivement pour « exister ».

Pourquoi as-tu vendu ta collection ?

Cela monopolisait trop de place dans ma vie, physiquement et moralement. C’était un moyen « d’en avoir une plus grosse que le voisin ». Mais c’était aussi une quête perpétuelle qui me faisait sortir en vide-greniers, parcourir la France, appeler des gens ayant travaillé chez Phillips à l’époque de la Videopac, etc.

Tu avais 400 consoles Pong. À qui les as-tu cédées ?

Les consoles Pong sont parties pour 20 % chez un collectionneur allemand qui a son propre site sur les Pong. Il a récupéré surtout des modèles rares. Le reste (plus de 300 consoles) a été vendu à une personne qui gérait les magasins « 100 pour cent jeux ». Un gars qui semblait claquer tout son argent dans les jeux vidéo. Lorsqu’il est venu récupérer les consoles Pong, il a rempli une Renault Espace et une remorque avec des ridelles de fortune bricolées avec des bouts de bois que je lui ai trouvés.

À 28 ans, tu jouais seulement sur PC. Aujourd’hui, tu dois avoir 44 ans, à quoi joues-tu ?

Je ne joue plus beaucoup. Il m’arrive de jouer à des jeux comme Uncharted ou Métal Gear.

Sur Videopac, as-tu réussi à mettre la main sur le n°48 Backgammon ?

Oui ! Le jeu Backgammon ne s’est pas révélé difficile à trouver. Ce qui m’a bluffé dernièrement – oui, je regarde toujours ce qui se passe, par curiosité – c’est de découvrir que Western+ avait été trouvé et mis aux enchères sur eBay… Pour la petite histoire, Western+ était un jeu Jopac que personne n’avait trouvé. Je pensais dur comme fer qu’il n’existait pas. Même « Des chiffres et des lettres » était plus commun (NDC : Western+ n’a toujours pas été découvert. Une version « homebrew » a été développée en 2015 par des passionnés actifs de la « scène Videopac », et ce, à partir d’écrans du jeu…).

J’ai arrêté de collectionner à un moment où j’avais un peu fait le tour et je ne pensais plus être étonné par de nouvelles trouvailles… Quand j’ai vu qu’on avait mis la main sur la mini Vectrex… j’ai rigolé ! Je pensais qu’elle avait été broyée et abandonnée dans une déchèterie depuis longtemps. J’ai arrêté la collection en me disant qu’on avait tout découvert. Eh bien non…

Tu pensais d’une certaine manière avoir accompli ta mission ?

Non, puisque je n’ai pas collectionné dans le cadre d’une mission : pas d’ambition de faire un musée ou un livre ou quoi que ce soit. Tiens, un musée du jeu vidéo s’est ouvert à 30 minutes de chez moi à Strasbourg… Je n’en ai même pas fait partie.

Mais en cherchant des objets peu courants, tu participais à ta façon à façonner l’histoire du jeu vidéo, non ?

Oui, en partie. Et puis j’étais en contact avec les pionniers : Silicium, MO5, Moonbeam, David Winter et compagnie. Eux sont allés plus au bout des choses. Quant à David Winter, nous étions comme des frères ennemis…

… car vous collectionniez tous les deux des consoles Pong ?

J’étais tellement jaloux de sa collection que je me souviens avoir ouvert une de ses consoles lors d’un évènement organisé par Silicium pour y planquer un bout de camembert… On se tirait la bourre. On était en compétition. Et il était un cran au-dessus de moi : il avait créé son propre site dédié aux Pong et il était aussi plus calé que moi en électronique. Et il est allé au bout des choses en rencontrant Ralph Baer.

Moi, j’ai accumulé pour compenser. C’était le côté malsain. Donc, il fallait que j’arrête. J’ai eu cette intelligence : sans but concret, il fallait arrêter.

Aujourd’hui, tu sembles t’être libéré de ça. Quel regard portes-tu sur les collections de jeux video ?

Je porte toujours un regard bienveillant parce que c’est une passion et que ça ne se juge pas.

Le jeu n°61+ Interpol sur Videopac a vu le jour un peu (ou beaucoup) grâce à toi ?

C’était avant la mode du homebrew, en effet. Le jeu Interpol était un prototype jamais sorti développé par GST. J’ai acheté l’EPROM à Marco Kerstens, un Hollandais qui collectionnait principalement sur Atari 2600. Il l’avait trouvé dans un vide-greniers avec d’autres EPROM… 

Combien l’as-tu payé ?

Je ne me souviens plus trop. Je crois que c’était dans le cadre d’un échange. J’avais un paquet de trucs Atari 2600 dont je n’avais que faire parce que l’Atari n’évoquait rien pour moi.

Pour la sortie du jeu Interpol, j’avais fait des copies du permis, le packaging et des t-shirts pour l’événement créé à Silicium. René Speranza (président de l’association Silicium, NDC) a réalisé la jaquette. Nous en avons sorti une vingtaine exemplaires si je me souviens bien (NDC : 50 cartouches numérotées on été produites, source Silicium). Nous avons également édité Clay Pigeon, le n°62+.

Pour la petite histoire, Marco Kerstens m’a permis, à l’époque, d’obtenir un présentoir Vectrex destiné aux magasins.

Justement, à propos des autres consoles, ta première console chinée en vide-greniers était une Mattel Intellivision. Pourtant, elle ne faisait pas partie de ta collection.

L’Intellivision, c’était un pur hasard. Elle m’a juste permis de réaliser qu’il y avait des consoles rétros dont je n’avais pas soupçonné l’existence. Et je me suis dit que ce serait un sujet marrant de les collectionner parce que je ne les connaissais pas. Il faut savoir que j’ai débuté par un Commodore 64 à l’âge de 10 ans pour ensuite m’essayer à l’Atari ST, l’Amiga et les PC. À l’époque, je méprisais les consoles. Il se trouve que je ne joue que sur des consoles aujourd’hui comme avec Zelda sur la Switch.

Concernant ta fameuse collection, que te reste-il ?

. Sur Videopac, il me reste tous les jeux Jopac. L’EPROM Interpol bien-sûr et quelques copies.

. Sur Vectrex, j’ai quelques posters, des documents GCE internes, une manette homebrew appelée Vectorcade. Il faudrait que j’ouvre mes cartons pour faire le point. Je sais que j’ai des télex de tests d’overlay en 2 couleurs plutôt qu’en 3 couleurs. La société voulait visiblement faire des économies.

. Sur ordinateur (C64, Atari, Amiga, Amstrad…), je n’ai rien vendu. Je dois avoir 300 à 400 jeux. Ils sont tous dans des cartons !

Et ta borne Mini-Cade Vectrex ?

Je l’ai vendue à une personne qui s’appelle Cyril qui écrit (et gère) le magazine Revival. C’est une personne très engagée dans le jeu vidéo. Le reste de ma collection Vectrex se trouve dans les mains de Chris Romero.

En console Pong, as-tu gardé quelque chose ?

J’ai gardé des consoles Pong Occitel de la Société Occitane d’Électronique, une entreprise toulousaine.

Pourquoi avoir gardé ces jeux ?

La « vraie » nostalgie hors contexte « collectionner pour exister ». Ma collection actuelle, c’est une collection personnelle que personne n’envie spécialement. Elle me ressemble : des jeux dont je rêvais étant gamin et les jeux que je considère indispensables.

Reparler de jeux vidéo et de ta collection de l’époque doit te faire quelque chose ?

Je suis attaché à cette période et je ne regrette rien. Je trouve ce monde du jeu vidéo et des ordis passionnant, surtout que j’ai connu l’âge d’or.

Entretien réalisé le 11 décembre 2018 par Scalpel.
Merci à Moonbeam d’avoir relu et surtout corrigé l’interview.
Ce dernier n’est pas responsable des fautes d’orthographe
et des erreurs typographiques laissées éventuellement par l’auteur 🙂